« Trop sensible » : pourquoi la sensibilité du thérapeute est l’instrument principal du métier

« Tu es trop sensible. » On vous l’a peut-être dite en formation, ou en supervision. Ou c’est vous qui vous la dites, le soir, en repensant à une séance où les larmes sont montées. Cette phrase, je l’ai entendue pendant des années, sous toutes ses formes, et je l’ai longtemps reçue comme un verdict : un défaut professionnel à corriger d’urgence, sous peine de ne pas durer dans le métier.

Peut-être que vous percevez l’émotion d’un patient avant même qu’il la formule, qu’une boule s’installe dans votre ventre la veille d’une séance lourde, ou que vous vous reprochez de ne pas rester de marbre face à certains récits. Et à chaque fois, la même conclusion : les autres semblent mieux armés, il faudrait prendre de la distance.

Chez vous, les psys, les thérapeutes, les coachs ou les soignants, cette croyance trouve un terrain très favorable. La sensibilité du thérapeute y est souvent présentée comme un risque à contenir : neutralité bienveillante à tenir, endurcissement à acquérir. Rarement, en revanche, on vous a montré comment faire concrètement. Et encore plus rarement, on vous a dit ce que la recherche en pense vraiment.

Dans cet article, je vous raconte la séance qui a réorganisé ma manière de comprendre ma propre sensibilité, ce que Daniel Siegel, Stephen Porges, Kelly Wilson, Irvin Yalom et Helen Riess écrivent sur cet instrument méconnu, et un micro-recadrage en trois étapes que vous pourrez tester dès votre prochaine semaine de consultations.

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Épisode 05 : « Tu es trop sensible » : et si votre sensibilité était l’instrument principal de votre métier.

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La séance qui a changé mon rapport à ma sensibilité

2007. Je suis en stage de master 2, dans un service hospitalier de médecine de la reproduction. Un matin, on nous appelle en urgence auprès d’un couple qui vient d’apprendre, à six mois de grossesse, que leur enfant est porteur d’une pathologie incompatible avec une vie longue. Mon tuteur conduit l’entretien, moi j’observe. Je n’ai rien dit pendant cette séance, mais j’avais la gorge serrée, et le chagrin de ce couple était si palpable que l’air de la pièce semblait avoir changé de texture.

Le midi, au self, la sage-femme présente à l’entretien me glisse avec une vraie bienveillance : « Il va falloir que tu t’endurcisses un peu. » J’ai hoché la tête. Mais une question tournait dans ma tête, que je n’ai jamais osé poser, syndrome de l’imposteur oblige : « Très bien. Mais concrètement, vous, vous faites comment ? » Personne n’y a donc jamais répondu.

Des années plus tard, en plein burnout, ce sont des collègues du champ psychologique qui ont invalidé mes émotions. Trop sensible pour mon poste, disaient-ils. Eux ne voyaient ni la boule au ventre permanente, ni les trajets du soir en pleurant d’épuisement dans ma voiture. Mon intuition de 2007 s’est renforcée : m’endurcir ne pouvait pas être la réponse. Les mots pour dire pourquoi me manquaient encore.

Et puis il y a eu cette séance, dans mon cabinet. Un vendredi de fin de matinée, avec peu de lumière. Une patiente que je suivais depuis un moment arrive livide et m’annonce le suicide de son fils. Elle a raconté presque sans pause, et je l’ai écoutée. À un moment, les larmes sont montées, et je ne les ai pas retenues. Nous avons pleuré toutes les deux. Je lui ai pris les mains.

Quand elle s’est inquiétée de me faire pleurer, j’ai répondu quelque chose que je n’avais lu dans aucun manuel : « Je sais ce que veulent dire mes larmes. Derrière elles, il y a toute l’empathie que j’ai pour vous, et tout l’amour que je porte à mes enfants. Alors ces larmes, aujourd’hui, elles sont exactement à leur place. »

Le soir, la pensée « ce n’était peut-être pas très professionnel » a traversé une fraction de seconde, puis elle est repartie. Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose. C’est en repensant à cette séance, à froid, que j’ai compris : cette sensibilité que j’essayais de mettre en sourdine depuis des années était un instrument. Il me restait à apprendre à m’en servir.

L’épisode audio vous emmène dans cette consultation minute par minute – avec les nuances et les émotions que l’écrit ne peut pas restituer.

Ce que votre sensibilité fait vraiment en séance

La métaphore de l’antenne ultra-fine

Les mots, je les ai trouvés bien plus tard, en lisant un manuel pour cliniciens. Daniel Siegel est psychiatre, il enseigne à UCLA et dirige une collection scientifique consacrée à la neurobiologie interpersonnelle. Dans The Mindful Therapist, paru en 2010, il écrit une phrase qui m’a arrêtée, que je vous traduis : nos antennes de perception ne se limitent pas aux cinq sens habituels.

L’image mérite qu’on s’y attarde. Imaginez une antenne très fine, très bien réglée, qui capte des fréquences que des antennes plus grossières ne reçoivent pas. Voilà votre sensibilité. Face à un patient, vos oreilles ne sont pas vos seuls capteurs : vos neurones miroirs répondent en écho à ce qu’il vit, votre insula relaie ces signaux, votre corps les traduit en boule au ventre, en gorge qui se serre, en larme à la commissure de l’œil. Souvent avant même que le patient ait fini sa phrase. Siegel décrit là un circuit neuronal, pas une intuition mystique.

La conséquence pratique change tout. On compare volontiers les personnes « trop sensibles » à des éponges. Or l’éponge et l’antenne fonctionnent selon deux mécanismes très différents.

L’épongeL’antenne
Absorbe tout, indistinctementCapte des fréquences précises
Sature, puis débordeTransmet une information utile
Subit ce qu’elle reçoitSe règle, s’affine, se calibre
Image d’une fragilitéNom d’un instrument de précision

Quand on vous traite d’éponge qui déborde, on décrit un mécanisme qui n’est pas le vôtre. Une antenne fine, qui capte des signaux que d’autres ratent, porte un autre nom : un instrument de précision.

La neuroception, ou pourquoi votre antenne est câblée en vous

Cette antenne a même reçu un nom scientifique. Stephen Porges, neuroscientifique américain, a passé une trentaine d’années à étudier la variabilité de la fréquence cardiaque avant de proposer, dans The Polyvagal Theory (2011), le concept de neuroception : un système biologique qui évalue en continu si une situation est sûre ou dangereuse, sans passer par la conscience explicite. En clair, quelque chose en vous détecte l’état de votre patient avant que votre esprit le formule.

Ce que vous vivez face à une émotion non dite n’a donc rien d’une sensiblerie ni d’un excès de zèle émotionnel. C’est un équipement biologique qui fonctionne, et qui fonctionne finement. La question intéressante n’est plus « comment l’éteindre », mais « comment m’en servir ».

L’instrument principal du métier, d’après ceux qui l’ont pensé

Nommer l’antenne est une première étape. La deuxième m’a demandé de réviser une croyance plus profonde. Pendant des années, j’ai considéré ma sensibilité comme un effet collatéral du métier : un bonus humaniste, sympathique mais encombrant, à gérer en marge du « vrai » travail clinique, celui des techniques et des protocoles. J’avais tout faux, et la littérature le dit sans détour.

Kelly Wilson, l’un des trois cofondateurs de la thérapie ACT avec Steven Hayes et Kirk Strosahl, l’écrit dans Mindfulness for Two (2009), et je vous le traduis presque mot pour mot : vos propres réactions sont l’instrument le plus sensible que vous ayez dans cette pièce. L’instrument le plus sensible. Les protocoles, les questionnaires, les techniques viennent après.

Irvin Yalom, l’un des grands transmetteurs de la psychothérapie contemporaine, pose la même idée autrement dans Le don de la thérapie (2002). À la question « quel est l’instrument le plus précieux du thérapeute ? », il répond sans hésiter : le thérapeute lui-même.

La recherche empirique va dans le même sens. Depuis Carl Rogers dans les années cinquante, votre capacité à percevoir et à recevoir ce qui se passe dans la pièce figure parmi les facteurs les mieux documentés de l’amélioration des patients : une méta-analyse de 2018, rassemblant plus de six mille patients, le confirme (Elliott et coll., 2018).

La psychiatre Helen Riess, à Harvard, l’a même testé : une centaine de jeunes médecins formés en trois séances d’une heure à repérer et réguler leur empathie ont ensuite été jugés nettement plus empathiques par leurs patients que ceux du groupe témoin (Riess et coll., 2012). Votre sensibilité fait partie de ce qui les fait progresser.

Prenez le temps d’accueillir ce renversement. La plupart d’entre nous ont intégré la version inverse pendant des années, et une croyance pareille ne se défait pas en deux minutes. Elle s’amorce.

Neuf signaux à recevoir comme des données

Si tout cela vous semble encore abstrait, voici à quoi ressemble une antenne fine dans une semaine de consultations ordinaire. Chacune de ces situations est une donnée clinique qui arrive.

  • Vous remarquez la larme à la commissure de l’œil de votre patient avant qu’elle coule.
  • Une boule s’installe dans votre ventre la veille d’une séance difficile, et vous savez qu’elle contient déjà une partie de l’information clinique.
  • Vous rentrez d’une séance lourde et vous serrez votre conjoint, votre enfant ou votre chat un peu plus fort que d’habitude.
  • Vous repérez un changement de prosodie à peine audible, qui redresse votre attention.
  • Vous avez déjà annulé un dîner amical en sortant du cabinet parce qu’il ne vous restait rien à donner, et vous vous êtes jugée pour ça.
  • Vous pleurez en supervision pour une séance « pas si difficile », en sachant très bien que ce n’est pas de la fragilité.
  • Vous refusez parfois de raconter votre journée à vos proches, faute d’énergie pour traduire.
  • Vous recevez un secret jamais confié à personne, et vous mesurez intérieurement le poids de ce qui vient de se passer.
  • Vous ouvrez votre agenda le matin et vous savez, rien qu’en lisant les noms, dans quelle disposition intérieure vous serez à 9 heures, à 14 heures et à 19 heures.

Réguler l’antenne plutôt que l’éteindre

Et là, vous vous dites peut-être : si cette antenne capte autant, elle va finir par m’épuiser. La distinction utile se trouve chez Siegel, avec sa fenêtre de tolérance : imaginez une fenêtre ouverte sur un mur, la zone dans laquelle votre système nerveux fonctionne bien et respire. Tant que vous êtes dans votre fenêtre, votre sensibilité capte et vous informe. Quand la fenêtre se rétrécit, sous l’effet de la fatigue ou de la surcharge, la même sensibilité déborde et se transforme en hypervigilance épuisante. Le problème vient alors de la fenêtre qui s’est rétrécie, pas de l’antenne.

Or que faisons-nous le plus souvent ? Nous luttons. Respirations discrètes pour masquer les signes, neutralité de façade, énergie entière dépensée à nous gérer nous-mêmes au lieu d’être présents au patient. J’ai pratiqué cette lutte pendant des années, et elle coûtait plus qu’elle ne protégeait.

Helen Riess le confirme : une empathie élevée non régulée use son propre tranchant, jusqu’à la mise à distance protectrice et l’épuisement. Sa réponse tient en un mot, l’auto-empathie : il est impossible, écrit-elle, de prendre soin des autres avec empathie si l’on se néglige soi-même. Ce principe rejoint ce que je vous partageais sur le fait de prendre du temps pour soi sans culpabiliser.

La voie n’a donc rien d’un durcissement. Votre sensibilité se règle comme on règle un instrument fin. Et ce calibrage commence par un geste simple, que je vous propose ici.

Couverture du guide sur la légitimité et le syndrome de l’imposteur

Derrière « trop sensible », souvent un doute plus large

L’étiquette « trop sensible » s’accompagne souvent d’un doute discret sur votre légitimité, malgré les années d’expérience. Si vous le reconnaissez, mon guide gratuit répond aux dix questions qu’on me pose le plus sur la légitimité et le syndrome de l’imposteur, avec des repères fondés sur l’ACT, sans injonction à « avoir confiance ».

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Le micro-recadrage en trois étapes à tester cette semaine

Voici l’exercice que je pratique moi-même quand la pensée « tu es trop » remonte. Trois étapes, une seule situation, une seule fois cette semaine : c’est suffisant pour amorcer le déplacement.

  1. Repérez une phrase entendue ou auto-adressée du type « tu es trop sensible », ou l’une de ses variantes : trop à fleur de peau, trop touchée, trop investie. Notez-la mentalement, isolez-la.
  2. Reformulez-la en gardant exactement ce que vous avez perçu, mais en changeant l’étiquette qui le commente : « finement calibrée pour percevoir », suivi de ce que vous percevez vraiment. Par exemple : finement calibrée pour percevoir une émotion non dite avant qu’elle soit formulée. La donnée reste la même ; l’histoire qu’on en fait change du tout au tout.
  3. La prochaine fois qu’un signal corporel monte en séance, une gorge qui se serre, des larmes qui pointent, autorisez-vous à le remarquer pour vous-même, sans le juger ni le ravaler : « tiens, mon antenne capte quelque chose, c’est de la donnée de travail ». C’est exactement le geste d’auto-empathie que décrit Helen Riess, et c’est lui qui protège votre antenne sur la durée.

La troisième étape est la plus importante, parce qu’elle est tournée vers vous. Accueillir un signal inconfortable sans lutter contre lui demande un entraînement, le même que celui que je décrivais à propos de la peur et de l’anxiété qu’on apprend à traverser avec l’ACT. Les premiers essais vous demanderont un effort : tout le monde a passé des années à faire l’inverse.

Et si « finement calibrée » devenait une nouvelle étiquette ?

Les praticiens qui connaissent bien l’ACT me poseront la question, à juste titre : se répéter « finement calibrée », n’est-ce pas remplacer une étiquette par une autre ? Au début, oui. C’est une béquille, déjà plus juste que « trop sensible », et utile pour commencer.

Puis vient un pas de plus, que Kelly Wilson nomme le soi-comme-contexte, l’un des six processus de la thérapie ACT. Imaginez un instrument de mesure très sensible, dont l’aiguille s’affole au moindre signal. « Finement calibrée » reconnaît que votre aiguille capte beaucoup. Mais vous n’êtes pas l’aiguille : vous êtes la personne qui la regarde bouger, et qui décide quoi faire de l’information. La prochaine fois qu’on vous dira que vous êtes « trop », quelque part en vous, vous le saurez : on parle de ce que votre aiguille a capté sur le moment. On ne parle pas de qui vous êtes.

Ce que je retiens, des années après ce vendredi matin

Si vous ne deviez garder que trois repères de cet article, je vous propose ceux-ci :

  1. Votre sensibilité fonctionne comme une antenne fine qui capte des fréquences que d’autres ne reçoivent pas ; c’est un circuit biologique documenté chez Siegel, Porges et Riess, en aucun cas une fragilité de caractère.
  2. Ce que cette antenne capte en séance est de la donnée clinique de premier ordre : Wilson et Yalom désignent le thérapeute lui-même comme l’instrument le plus précieux du métier.
  3. La voie passe par la régulation, jamais par la suppression : reformuler « trop sensible » en « finement calibrée pour percevoir », puis accueillir les signaux corporels comme des informations de travail.

Ce que j’ai envie de vous dire

Si on vous a répété que vous étiez trop sensible pour ce métier, si vous avez essayé de vous endurcir en sentant que ça ne tenait pas, si vous vous êtes retenue de nommer ce que vous perceviez de peur de paraître excessive : ce que vous vivez est normal, et vous êtes en très bonne compagnie. Ce que vous portez là est le signe d’un système nerveux qui fonctionne très bien pour ce métier-ci. Votre sensibilité ne vous a pas amenée là par accident. Elle vous a amenée là exactement.

Prenez le temps qu’il vous faut pour digérer cette nouvelle lecture. On ne défait pas en un article des années de « prends de la distance ». On l’amorce. Et c’est OK si, sur les premiers essais, le réflexe de lutte revient : votre antenne, elle, ne bougera pas en une semaine. Votre rapport à elle, lui, commence à se déplacer dès le premier essai.

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Vos questions sur la sensibilité du thérapeute

La sensibilité du thérapeute est-elle un défaut professionnel ?

Non, la littérature clinique affirme même l’inverse. Kelly Wilson, cofondateur de la thérapie ACT, décrit les réactions du thérapeute comme l’instrument le plus sensible dont il dispose en séance (Mindfulness for Two, 2009), et Irvin Yalom désigne le thérapeute lui-même comme son outil le plus précieux (Le don de la thérapie, 2002). Une méta-analyse de plus de six mille patients classe l’empathie du thérapeute parmi les facteurs les mieux documentés de leur amélioration (Elliott et coll., 2018). Le vrai sujet professionnel est la régulation de cette sensibilité, jamais sa suppression.

Est-il professionnel de pleurer en séance ?

Des larmes peuvent être pleinement à leur place en séance, à condition de savoir ce qu’elles signifient et de les mettre au service du patient. Dans mon expérience clinique, nommer sobrement ses larmes, en les reliant à l’empathie pour ce que traverse la personne, renforce l’alliance thérapeutique au lieu de l’abîmer. Irvin Yalom défend cette authenticité du thérapeute, loin du mythe de la neutralité de façade. Le repère utile : des larmes reconnues et régulées informent la séance ; un débordement non régulé signale plutôt une fenêtre de tolérance rétrécie.

Qu’est-ce que la neuroception ?

La neuroception est un concept proposé par le neuroscientifique Stephen Porges (The Polyvagal Theory, 2011). Il désigne le système par lequel notre système nerveux évalue en continu la sécurité ou le danger d’une situation, sans passer par la conscience explicite. C’est ce mécanisme qui explique qu’un thérapeute perçoive un changement d’état chez son patient avant que celui-ci le formule. La sensibilité fine aux signaux d’autrui repose donc sur un équipement biologique.

Comment réguler la sensibilité du thérapeute sans la supprimer ?

Trois repères concrets. D’abord, surveiller sa fenêtre de tolérance, décrite par Daniel Siegel : une sensibilité qui déborde signale une fenêtre rétrécie par la fatigue, pas un trait défectueux. Ensuite, reformuler les étiquettes : remplacer « trop sensible » par « finement calibrée pour percevoir », en précisant ce qui a été réellement perçu. Enfin, pratiquer l’auto-empathie décrite par Helen Riess : accueillir intérieurement les signaux corporels qui montent en séance comme des informations de travail, plutôt que de dépenser son énergie à les combattre.

Qu’est-ce que l’auto-empathie ?

L’auto-empathie consiste à s’accorder la même qualité d’attention et de compréhension que celle qu’on offre à ses patients. Helen Riess, psychiatre à Harvard, lui consacre un chapitre entier de The Empathy Effect (2018) et la présente comme la protection principale contre la fatigue de compassion : il est impossible de prendre soin des autres avec empathie si l’on se néglige soi-même. En pratique, cela commence par accueillir ses propres signaux corporels en séance, sans jugement.

Que répondre quand on vous dit que vous êtes trop sensible pour ce métier ?

Vous pouvez vous appuyer sur un fait simple : la recherche en psychothérapie, depuis Carl Rogers, identifie la capacité à percevoir et recevoir ce qui se passe dans la pièce comme l’un des facteurs les mieux documentés de l’efficacité thérapeutique. Une formulation utile, à s’adresser d’abord à soi-même : « je suis finement calibrée pour percevoir ce que d’autres ratent ». La donnée perçue reste identique, l’histoire qu’on en raconte change. Rien ne vous oblige à convaincre votre interlocuteur : il suffit que vous sachiez, vous, ce que votre sensibilité fait en séance.

Ressources et références

Les livres cités dans l’épisode

  • PORGES Stephen W. The Polyvagal Theory : Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, and Self-Regulation. W. W. Norton & Company, 2011.
  • RIESS Helen & NEPORENT Liz. The Empathy Effect : Seven Neuroscience-Based Keys for Transforming the Way We Live, Love, Work, and Connect Across Differences. Sounds True, 2018.
  • SIEGEL Daniel J. The Mindful Therapist : A Clinician’s Guide to Mindsight and Neural Integration. W. W. Norton & Company, 2010.
  • WILSON Kelly G. & DUFRENE Troy. Mindfulness for Two : An Acceptance and Commitment Therapy Approach to Mindfulness in Psychotherapy. New Harbinger Publications, 2009.
  • YALOM Irvin D. The Gift of Therapy (Le don de la thérapie). HarperCollins, 2002.

Les références scientifiques citées

  • ELLIOTT Robert, BOHART Arthur C., WATSON Jeanne C. & MURPHY David. Therapist empathy and client outcome : An updated meta-analysis. Psychotherapy, 55(4), 2018, p. 399-410.
  • RIESS Helen et al. Empathy training for resident physicians : A randomized controlled trial of a neuroscience-informed curriculum. Journal of General Internal Medicine, 27(10), 2012, p. 1280-1286.

Pour aller plus loin sur ce site

Sources externes

Fanny Reder

Psychologue clinicienne en libéral depuis 2011, ancienne maître de conférences (10 ans), spécialisée en ACT (Acceptance and Commitment Therapy) et en prévention des risques psychosociaux. Elle anime Les APÉROS Psycho, le podcast et l’espace de formation dédiés aux professionnels de l’accompagnement francophones. Son objectif : allier rigueur scientifique, pragmatisme et authenticité pour aider les soignants, psys, thérapeutes et coachs à ne pas s’épuiser à force de soutenir les autres. Toutes ses ressources et formations pour les professionnels de l’accompagnement : fannyreder.fr/pour-les-pros

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