Remplacer un psychologue par l’IA : ce que ChatGPT fait vraiment pour vos patients, et ce qu’il ne fait pas

En 2025, un classement publié par la Harvard Business Review, construit surtout à partir de forums en ligne, plaçait la thérapie et la compagnie en tête des usages des chatbots. Une partie de vos patients ou clients parle donc déjà à ChatGPT de ce qu’ils viennent travailler avec vous. Et avec ce constat revient une question que beaucoup d’entre nous se posent sans la dire tout haut : une IA peut-elle remplacer un psychologue ?

Vous l’avez peut-être déjà vécu. Une personne s’installe en face de vous, sort son téléphone et vous dit : « J’ai demandé à ChatGPT. » Sur le moment, on ne sait pas trop s’il faut corriger la machine ou laisser passer, et parfois, une petite voix plus inquiète se fait entendre. J’ai lu un jour, sous un post sur les réseaux, une phrase qui disait en substance : si mes patients demandent conseil à ChatGPT, c’est que je ne suffis plus.

Ce moment touche un point sensible chez vous, les psys, les thérapeutes, les coachs ou les soignants. Vous avez appris à accueillir la parole d’un patient, rarement celle d’une machine qu’il vous rapporte, et si vous vous servez vous-même de l’IA, la critiquer en séance peut vous donner l’impression d’être un peu hypocrite.

L’idée qu’une machine finira par remplacer un psychologue se démonte assez bien quand on regarde ce que la conversation avec ChatGPT a fait, concrètement, pour la personne qui l’a eue. Je vous le montre à partir d’une séance que j’ai vécue, avec les gestes qui permettent de faire de ce moment un appui plutôt qu’une menace.

🎧 Écouter l’épisode

Épisode 10 : Psys remplacés par l’IA, ce que ChatGPT fait vraiment, et ce qu’il ne fait pas en séance.

Disponible sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer et toutes les plateformes d’écoute.

Le mythe : « une IA qui a les bons mots peut faire le travail d’une psy »

Posons ce mythe à plat : une thérapie, ce sont des mots, et ChatGPT trouve des mots justes, à toute heure, sans juger. Il finirait donc par remplacer un psychologue, et la version plus intime de cette idée tient dans la phrase lue sous ce post : si mes patients vont le voir, c’est que je ne suffis plus.

L’utilité de l’IA et l’importance des mots sont réelles. C’est l’idée du remplacement qui ne tient pas, et une séance m’a aidée à comprendre pourquoi.

La séance où un patient est arrivé avec la réponse de ChatGPT

Il y a plus d’un an, un patient arrive pour sa deuxième séance et m’annonce, très fier de lui, qu’il a fait son travail. La grille d’observation que je lui avais donnée, il l’a remplie la veille au soir avec ChatGPT, et il en ressort une certitude : dans la dispute qu’il a analysée, un soir où il voulait aller à son sport et voir ses amis alors que sa compagne attendait une soirée à deux, c’est lui qui est dans son bon droit.

Je me tends un peu sur ma chaise. Il avait raconté la dispute à travers ses lunettes à lui, la machine n’avait que cette version, et à l’époque, sauf consigne contraire, ChatGPT avait tendance à dire ce qu’on avait envie d’entendre.

En même temps, je me sers moi-même de l’IA : lui faire la leçon m’aurait paru hypocrite, et je ne voulais surtout pas qu’il reparte en se sentant naïf. La peur d’être remplacée, en revanche, je ne l’ai pas ressentie. La veille, il avait obtenu toutes les réponses qu’il voulait, dans son sens, et il n’avait pas annulé son rendez-vous pour autant : il était là, assis en face de moi. Alors plutôt que de corriger la machine, je lui ai proposé de reprendre avec moi deux scènes, la dispute, puis sa conversation avec ChatGPT.

L’épisode audio vous emmène dans cette séance pas à pas, avec les nuances et les émotions que l’écrit ne peut pas restituer.

Ce que la recherche dit vraiment de ce que fait un chatbot

Ce soir-là, ChatGPT a fait exactement ce pour quoi il est conçu, et deux livres parus en 2026 aident à comprendre pourquoi cela ne suffit pas à remplacer un psychologue.

Neutraliser, apaiser, conforter : la règle d’or des chatbots

Sherry Turkle, psychologue clinicienne qui enseigne au MIT, enquête dans Artificial Intimacy sur ce que deviennent les personnes qui parlent à des agents conversationnels. Elle y décrit une règle que suivent les chatbots : face à une émotion négative, la neutraliser ; face à l’anxiété, l’apaiser et conforter la personne.

Mon patient s’était mis à l’ordinateur avec de la colère et du doute : la machine a neutralisé la colère, apaisé le doute et conforté son point de vue. Turkle ajoute que ces programmes nous rassurent au moment où nous aurions le plus besoin d’être remis en question. Le doute de mon patient sur son choix d’aller au sport était justement ce moment-là.

« Elle ne soigne pas, mais elle soulage » : la distinction de Serge Tisseron

Serge Tisseron, dans Machines maternelles, compare ce que les chatbots apportent à ce qu’apporte une psychothérapie, et il le résume en une phrase : « Elle ne soigne pas, mais elle soulage. »

Soulager, c’est faire baisser la douleur du moment. C’est ce que mon patient a obtenu : il s’est endormi sans ruminer. Soigner, c’est changer quelque chose dans la durée. Or le lendemain, entre lui et sa compagne, rien n’avait bougé, et il arrivait en séance avec une certitude au lieu d’une question.

Quand un patient vous dit que ChatGPT l’aide, il dit donc souvent vrai : l’aide est un soulagement immédiat, bien réel, qui ne règle pas forcément ce qui le fait souffrir. Voilà pourquoi l’idée de remplacer un psychologue par une machine vacille déjà.

Parler à ChatGPT tous les jours : l’étude de Fang et collègues (2025)

Que se passe-t-il quand on revient chercher ce soulagement chaque soir ? Une équipe du MIT Media Lab l’a étudié avec OpenAI, la société qui a créé ChatGPT : Fang et ses collègues ont suivi 981 participants qui ont utilisé ChatGPT chaque jour pendant quatre semaines. Chaque semaine, ils remplissaient des questionnaires sur leur solitude, le temps passé avec d’autres personnes et leur dépendance au chatbot.

Et les participants qui, d’eux-mêmes, parlaient le plus à ChatGPT passaient moins de temps avec les autres, se sentaient plus seuls et montraient davantage de dépendance.

Deux précautions : c’est une prépublication, pas encore relue par d’autres chercheurs quand Turkle la cite, et c’est une corrélation, sans qu’on sache lequel des deux entraîne l’autre. En séance, quand un patient vous dit qu’il parle régulièrement à ChatGPT, vous pouvez vous intéresser, sans jugement, à ce que ça remplace dans sa vie.

Ce que dit le mytheCe que montrent les sources
« ChatGPT trouve les bons mots, donc il fait le travail. »Les chatbots suivent une règle : neutraliser l’émotion négative, apaiser l’anxiété, conforter la personne (Turkle, 2026).
« Si le patient se sent mieux, c’est qu’il a été soigné. »Soulager et soigner sont deux choses : « Elle ne soigne pas, mais elle soulage » (Tisseron, 2026).
« Une machine qui comprend peut remplacer la relation. »« Il n’y a pas de relation ; il y a un objet qui dit ce que nous voulons entendre » (Turkle, 2026).

Pourquoi l’idée qu’une IA puisse remplacer un psychologue tient si bien

Parce que le soulagement ressemble à de l’aide

Si l’on croit qu’une IA peut remplacer un psychologue, c’est d’abord parce que le soulagement se sent tout de suite. Pour moi qui pratique l’ACT, la différence saute aux yeux. En ACT, plutôt que de neutraliser une émotion difficile, on cherche à lui faire de la place, pour que la personne puisse quand même agir dans le sens de ce qui compte pour elle, même en présence de pensées et d’émotions douloureuses. Si vous découvrez cette approche, j’ai écrit un guide complet pour comprendre la thérapie ACT.

Dans ma pratique, je vois souvent que ce qui soulage tout de suite peut entretenir le problème : mon patient a éteint en une conversation un doute qui avait quelque chose à lui dire sur son couple.

Prenez une situation type, celle d’un patient qui a peur d’être contaminé et qui demande à ChatGPT : « J’ai touché la poignée du bus, est-ce que je dois me laver les mains ? » La machine répond, il est rassuré, il se lave les mains, et la fois suivante, il redemande. La réassurance calme tout de suite, et c’est elle qui fait tourner la boucle.

Parce qu’on confond les bons mots et la relation

Turkle a une formule très claire : avec un chatbot, « il n’y a pas de relation ; il y a un objet qui dit ce que nous voulons entendre ». Tisseron le formule à sa manière, en rappelant que le thérapeute n’est pas là pour faire plaisir à son patient, parce que « comprendre ne veut pas dire acquiescer ». Ce jour-là, j’ai compris mon patient sans lui donner raison, et le travail a commencé à ce moment-là.

Le soir, mon patient avait besoin d’une béquille pour dormir ; en séance, il est venu chercher le travail de fond. Ce sont deux besoins différents, et même complémentaires.

Comme psy, je ne me sens pas menacée, du moins pour le moment. Percevoir le non-verbal, les mimiques, les respirations, les pleurs, le corps qui se penche en avant ou se met en retrait, l’humain le fait mieux que l’IA, et la chaleur humaine qui circule dans une pièce, l’IA ne peut pas la donner.

Parce que la machine nous conforte, nous aussi

Le mythe tient aussi parce que nous connaissons le confort d’une machine qui approuve. Quand j’ai commencé à me servir de ChatGPT pour réfléchir aux thèmes de mes formations en ligne, chaque idée était une super, méga bonne idée, même quand je changeais d’avis la semaine suivante. Quand je lui ai demandé ce qui me disait qu’une troisième idée ne serait pas, elle aussi, formidable, il s’est confondu en excuses. Avec le recul, je cherchais au fond la même chose que mon patient : être rassurée.

J’ai dû apprendre à lui demander clairement de ne pas me valider par défaut. Je m’en sers beaucoup aujourd’hui, avec mes garde-fous : je pars de mes idées et de mes connaissances de psy, je relis tout, et aucune donnée qui permette d’identifier un patient ne va dans un outil d’IA.

Ce que ça change quand un patient parle de ChatGPT en séance : quatre gestes

Avec le recul, cette séance ne m’a pas appris quelque chose de complètement nouveau. Des patients qui arrivent en disant « ma kinésiologue m’a dit » ou « mon autre psy m’a dit », j’en avais déjà reçu, et « ChatGPT m’a dit » en est une nouvelle variante : la curiosité que vous auriez pour ce qu’a dit la kinésiologue vaut aussi pour ce qu’a dit la machine. Voici quatre gestes, dans l’ordre où ils arrivent en séance.

Premier geste : remarquer ce qui se passe en vous

Avant de répondre, prenez une seconde pour remarquer ce que vous pensez et ce que vous ressentez : de l’agacement, une inquiétude, de la curiosité, ou cette petite peur d’être remplacée. Vous avez le droit de vous crisper, et c’est OK. Ce qui compte, c’est de le voir, pour répondre à votre patient plutôt qu’à votre crispation.

Deuxième geste : accueillir, et lever la gêne d’abord

Accueillez ce que la personne vous apporte et remerciez-la de vous l’avoir confié : si elle sent que vous jugez sa conversation avec la machine, elle se fermera. Chez moi, les patients fiers comme le mien sont plutôt rares : plus souvent, ils arrivent presque honteux de dire : « Bon, voilà, j’ai demandé à ChatGPT. » Je commence donc par lever la gêne, en leur disant que presque tout le monde utilise l’IA aujourd’hui et que je m’en sers aussi, avant de leur demander de me raconter le contexte.

Troisième geste : chercher à quoi la conversation a servi

C’est le cœur de l’épisode, et il repose sur un outil classique des TCC, les thérapies comportementales et cognitives : l’analyse fonctionnelle. On reprend une scène pas à pas : ce qui s’est passé juste avant, ce que la personne a ressenti et pensé, ce qu’elle a fait, et ce que ça a produit, tout de suite puis plus tard. Le but est de comprendre à quoi un comportement a servi, sans le juger. Mon article sur les thérapies TCC et leurs techniques situe cet outil dans l’ensemble de la démarche.

Avec mon patient, j’ai pris les choses sur moi, comme je le fais souvent quand un patient risque de se sentir jugé, et comme je le raconte dans mon article sur le jour où j’ai orienté une patiente vers un collègue. Je lui ai demandé s’il serait d’accord qu’on reprenne ensemble les deux scènes, pour que je le comprenne bien, et voici ce que donnait sa conversation avec ChatGPT.

L’étapeCe soir-là, chez mon patient
Juste avantIl rentre de son entraînement en pensant reprendre la discussion, et découvre que sa compagne est déjà couchée, endormie.
Ce qu’il pense et ressent« Elle est couchée pour bien me faire comprendre qu’elle me fait la tête. » De la colère, de l’injustice, un doute sur son choix d’être allé au sport, et la peur de ruminer sans trouver le sommeil.
Ce qu’il faitIl raconte la dispute à ChatGPT, avec son point de vue à lui.
Ce que ça produit tout de suiteChatGPT lui donne raison. Il se sent soulagé et s’endort sans ruminer.
Ce que ça produit plus tardLe lendemain, rien n’a bougé avec sa compagne, et il arrive en séance avec une certitude au lieu d’une question.

La fonction de cette conversation tient en une ligne : calmer la colère et le doute, tout de suite, pour pouvoir dormir. Sa limite aussi : le problème avec sa compagne est toujours là. En séance, deux questions posées l’une après l’autre suffisent souvent à la trouver : « Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en parler à ChatGPT ce soir-là ? », puis « Et après, vous vous êtes senti comment ? Et le lendemain ? »

À ce moment-là, vous sentirez peut-être monter l’envie de démontrer que la machine a eu tort. Michael Bungay Stanier travaille dans The Advice Trap ce réflexe de donner des conseils, qu’il appelle le monstre du conseil, et il écrit qu’en avoir un « fait partie du lot de la condition humaine » : on ne s’en débarrasse pas, on l’apprivoise. Le psychologue Kelly Wilson a une phrase qui m’accompagne beaucoup : « on peut être correct dans son analyse et faux dans sa relation au patient ». J’avais sans doute raison sur le biais de ChatGPT, mais si je l’avais démontré à mon patient, il serait reparti en se sentant naïf.

À la place de la correction, vous pouvez dire : « Donc ChatGPT vous a aidé à vous calmer ce soir-là. Et pour la suite avec votre compagne, qu’est-ce qui vous aiderait ? » Puis vous vous taisez, parce que les gens remplissent presque toujours le silence, comme le remarque Bungay Stanier, avant de chercher le point de vue que la machine ne pouvait pas montrer : « Et votre compagne, à votre avis, comment a-t-elle vécu cette soirée ? »

Mon patient n’est pas passé en une séance de « j’ai entièrement raison » à « j’ai entièrement tort », mais la fois suivante, il m’a dit que ça lui avait fait un vrai déclic d’envisager que deux personnes puissent simplement avoir des valeurs différentes.

Le jour où ça vous arrivera, ces questions ne vous viendront pas forcément au bon moment. C’est pour ce moment-là que j’ai préparé un mémo à garder au cabinet.

Couverture du mémo Quand un patient arrive avec la réponse de ChatGPT : 5 repères pour en faire un appui

Pour le jour où un patient vous tendra son téléphone

« Quand un patient arrive avec la réponse de ChatGPT : 5 repères pour en faire un appui » tient sur un mémo recto verso. Il vous aide à accueillir ce moment sans vous braquer ni vous effacer, de sorte que la réponse de la machine devienne le point de départ de votre travail avec la personne, au lieu de se mettre entre vous deux.

Je télécharge le mémo →

https://fannyrederpsy.myflodesk.com/autrevoix

Quatrième geste : transformer ce que vous avez découvert en objectif d’action

Prenons une situation type. Une patiente anxieuse écrit à ChatGPT le soir pour se rassurer, puis arrive en séance en disant : « ChatGPT m’a donné cinq exercices pour ne plus avoir peur, et aucun ne marche. » Les trois premiers gestes vous apprennent à quoi lui servent ces conversations : faire baisser la peur, tout de suite, avant qu’elle revienne le lendemain. Or la peur ne se commande pas : avec l’objectif de ne plus avoir peur, chaque soir où elle revient devient un échec.

En ACT, on déplace doucement la question : « Si la peur prenait moins de place dans votre vie, qu’est-ce que vous feriez, que vous ne faites plus aujourd’hui ? » Elle répondra peut-être : accepter ce dîner que j’évite depuis des mois. Aller à ce dîner, même si la peur vient avec elle, devient alors votre objectif de travail. Celui-là, elle peut l’atteindre, parce qu’il dépend de ce qu’elle fait et plus de ce qu’elle ressent, et une conversation avec une machine ne fait pas ce chemin à sa place.

Le geste qui rend possibles tous les autres

Si vous ne deviez garder qu’un geste, je vous conseille le troisième, parce que ses deux questions sont une analyse fonctionnelle en miniature : elles vous font comprendre ce que vit la personne, au lieu de débattre de ce qu’a dit la machine, et elles vous donnent le sujet de ses objectifs et des pistes d’outils. Si un patient parle à ChatGPT le soir pour trouver le sommeil, vous pouvez lui proposer un comportement plus bénéfique qui remplit la même fonction, comme un exercice de respiration, de relaxation ou de méditation.

Ce que j’ai envie de vous dire

Vos patients ont le droit de consulter l’IA, et ils le font déjà, même ceux qui ne vous le disent pas. Serge Tisseron, qui détaille pourtant les risques des chatbots, refuse de condamner ces usages : « L’ouverture d’un dialogue, même si c’est avec une machine, peut créer une fenêtre d’apaisement. » Notre mission, je crois, est de leur montrer les possibilités et les limites de l’IA, et ce que la thérapie peut y ajouter. Et si la peur d’être remplacée vous traverse le jour où un patient vous tend son téléphone, elle est tout à fait normale : mon patient avait toutes ses réponses la veille, et il est venu quand même.

Ce que je retiens de cette séance

Trois idées à garder, qui se suivent :

  1. Une IA soulage vite et bien, à toute heure, et soulager reste une autre affaire que soigner.
  2. Quand un patient arrive avec la réponse de ChatGPT, la question utile porte sur ce que la conversation lui a apporté, avant et après.
  3. Chercher à quoi sert un comportement, faire de la place à ce qui dérange et viser un changement dans la durée, c’est votre métier, et aucune machine ne le fait à votre place.

Aucune machine n’est près de remplacer un psychologue dans ce travail-là, et un patient qui vous parle de ChatGPT vous fait assez confiance pour vous le dire. La prochaine fois qu’une personne sortira son téléphone en début de séance, vous pourrez accueillir ce geste avec curiosité et chercher avec elle ce que la conversation lui a apporté.

Prolonger ces réflexions chaque lundi

La newsletter « 3, 2, 1, ACTion ! » vous propose chaque lundi un regard clinique et humain sur votre pratique : une histoire vécue, des outils ACT concrets et deux recommandations. En moins de cinq minutes de lecture.

Je rejoins la newsletter 3, 2, 1, ACTion ! →

https://fannyrederpsy.myflodesk.com/newsletter-c

Vos questions sur l’IA et le métier de psy

L’IA peut-elle remplacer un psychologue ?

À mon sens, une IA ne peut pas remplacer un psychologue, parce que les deux ne font pas le même métier. Un chatbot soulage, vite et à toute heure, en neutralisant l’émotion négative et en confortant la personne (Turkle, 2026). Une thérapie cherche à quoi sert un comportement, fait de la place à ce qui dérange et vise un changement dans la durée. Serge Tisseron (2026) le résume ainsi : « Elle ne soigne pas, mais elle soulage. »

Que répondre à un patient qui dit « ChatGPT m’a dit » en séance ?

Plutôt que de juger la réponse de la machine, cherchez à quoi la conversation a servi. Remarquez ce qui se passe en vous, accueillez ce que la personne vous apporte, puis posez deux questions : « Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en parler à ChatGPT ce soir-là ? », puis « Et après, vous vous êtes senti comment ? Et le lendemain ? » Vous obtenez la fonction de la conversation, et souvent sa limite.

Est-ce un problème qu’un patient parle à ChatGPT tous les soirs ?

Pas forcément, mais cela mérite qu’on s’y intéresse sans jugement. Dans l’étude de Fang et collègues (2025), menée auprès de 981 participants pendant quatre semaines, ceux qui utilisaient le plus ChatGPT d’eux-mêmes passaient moins de temps avec les autres, se sentaient plus seuls et montraient plus de dépendance. C’est une prépublication et une corrélation. En séance, la question utile porte sur ce que ces conversations remplacent dans la vie de la personne.

Pourquoi un chatbot ne peut-il pas remplacer un psychologue, même avec les bons mots ?

Parce que les bons mots ne font pas une relation. Selon Sherry Turkle (2026), avec un chatbot, « il n’y a pas de relation ; il y a un objet qui dit ce que nous voulons entendre », et ces programmes rassurent au moment où l’on aurait le plus besoin d’être remis en question. Un thérapeute perçoit le non-verbal et peut comprendre une personne sans lui donner raison : « comprendre ne veut pas dire acquiescer », écrit Serge Tisseron (2026).

Qu’est-ce qu’une analyse fonctionnelle en TCC ?

C’est un outil des TCC qui consiste à reprendre une scène pas à pas : ce qui s’est passé juste avant, ce que la personne a ressenti et pensé, ce qu’elle a fait, et ce que ça a produit, tout de suite puis plus tard. Le but est de comprendre à quoi un comportement a servi, sans le juger. Appliquée à une conversation avec ChatGPT, elle montre par exemple qu’un patient cherchait surtout à se calmer pour dormir.

Un psychologue peut-il utiliser l’IA dans son travail ?

Oui, avec des garde-fous. Je m’en sers pour ce qui ne demande pas ma casquette de psy, comme le référencement de mon site, en partant de mes idées, en relisant tout et en lui demandant de ne pas me valider par défaut. Et une règle en or : aucune donnée qui permette d’identifier un patient ne va dans un outil d’IA.

Ressources et références

Les livres cités dans l’épisode

  • BUNGAY STANIER Michael. The Advice Trap : Be Humble, Stay Curious & Change the Way You Lead Forever. Box of Crayons Press, 2020.
  • TISSERON Serge. Machines maternelles : L’IA peut-elle prendre soin de nous ? Presses universitaires de France, 2026.
  • TURKLE Sherry. Artificial Intimacy : Who We Become When We Talk to Machines. Little, Brown and Company, 2026.
  • WILSON Kelly G. & DUFRENE Troy. Mindfulness for Two : An Acceptance and Commitment Therapy Approach to Mindfulness in Psychotherapy. New Harbinger Publications, 2009.

Les références scientifiques citées

  • FANG Cathy Mengying et collègues. How AI and Human Behaviors Shape Psychosocial Effects of Extended Chatbot Use : A Longitudinal Randomized Controlled Study. Prépublication arXiv 2503.17473, 2025 (MIT Media Lab et OpenAI). Citée par Turkle (2026).
  • ZAO-SANDERS Marc. How People Are Really Using Gen AI in 2025. Harvard Business Review, avril 2025. Cité par Turkle (2026).

Pour aller plus loin sur ce site

Sources externes

Fanny Reder

Psychologue clinicienne en libéral depuis 2011, ancienne maître de conférences (10 ans), spécialisée en ACT (Acceptance and Commitment Therapy) et en prévention des risques psychosociaux. Elle anime Les APÉROS Psycho, le podcast et l’espace de formation dédiés aux professionnels de l’accompagnement francophones. Son objectif : allier rigueur scientifique, pragmatisme et authenticité pour aider les soignants, psys, thérapeutes et coachs à ne pas s’épuiser à force de soutenir les autres.

Toutes ses ressources et formations pour les professionnels de l’accompagnement : fannyreder.fr/pour-les-pros

Publications similaires