Ouvrir son cabinet sans être prête : ce qui doit être prêt avant, et ce qui se construit en route

Vous avez peut-être un projet rangé depuis des mois dans la case « quand je serai prête ». Ouvrir son cabinet, lancer un atelier, proposer enfin l’approche que vous avez apprise : vous y pensez, vous en parlez, et vous attendez d’avoir un peu plus d’expérience, une formation de plus, vos trames, vos fiches, le bon local. Vous lancer avant d’avoir tout ça vous paraît imprudent.

Et la liste des « quand j’aurai » a une fâcheuse tendance à s’allonger plus vite qu’elle ne raccourcit : chaque case cochée en fait apparaître une autre, et les mois passent sans que le sentiment d’être prête arrive. Certaines d’entre vous passent trois ou quatre heures à préparer chaque heure de séance, d’autres attendent d’avoir tout prévu avant de recevoir leur premier patient ou client.

Chez vous, les psys, les thérapeutes, les coachs ou les soignants, ce réflexe a une raison respectable : vous accompagnez des personnes qui souffrent, et vous n’avez aucune envie de faire vos armes à leurs dépens. Ce souci de bien faire est précieux. Il devient un piège le jour où il vous fait confondre deux choses très différentes : ce qui protège la personne en face de vous, et ce qui vous protège surtout, vous, de l’inconfort de commencer.

J’ai ouvert mon cabinet en 2010, au milieu de ma thèse, sans local, sans trame de première séance et avec une boule au ventre. Je vous raconte comment ça s’est passé. Puis, avec l’éclairage de l’ACT (la thérapie d’acceptation et d’engagement) et un exercice de dix minutes pour trier vos « quand j’aurai », vous saurez ce que vous devez vraiment préparer avant de vous lancer, et ce que vous pouvez arrêter d’attendre.

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Épisode 09 : Ouvrir son cabinet sans être prête, ce qui doit être prêt, et ce qui se construit en route.

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Le mail qui a rendu mon projet de cabinet bien réel

Un jour de 2010, chez moi, devant mon écran, j’ouvre le mail d’une femme que je ne connais pas. Elle a assisté à une table ronde grand public organisée par mon université, où je présentais les thérapies comportementales et cognitives, les TCC, et elle a noté l’adresse que j’avais laissée sur ma dernière diapositive. Elle souffre d’angoisses, elle préfère essayer une approche sans médicament, et elle me demande quand j’ouvrirai mon cabinet. Elle me remercie de lui avoir donné confiance, alors que je n’en ai pas une miette.

J’ai 26 ans, ma thèse n’est pas financée, et pour payer l’électricité, le chauffage et les courses, je fais des devis et des relances d’impayés dans une entreprise de protection contre l’incendie. Je parle d’ouvrir un cabinet depuis un moment, mais c’est un projet pour le jour où je serai prête.

En lisant ce mail, je ressens deux choses en même temps : de la fierté, parce que ma présentation a redonné de l’espoir à quelqu’un, et une vraie boule dans le ventre, parce que mon projet « pour un jour » devient réel d’un coup. Ma tête se met à tourner : « Je ne vais pas y arriver, je vais faire des erreurs, elle serait mieux accompagnée par quelqu’un de plus expérimenté. » Or mon expérience clinique tient dans mes stages de master.

Je mets quelques jours à trancher. Ma mère ramène le risque à sa vraie taille : « Au pire, tu pourras toujours le refermer. » Et c’est vrai : avec le statut d’auto-entrepreneur, sans patient, je n’ai rien à payer. Alors je réponds oui, en laissant à cette femme le choix d’aller voir des collègues déjà installés si c’est urgent pour elle. Elle préfère attendre quelques semaines, pour que ça se fasse avec moi.

À partir de là, il a fallu tout construire. Ma mère m’a prêté une petite pièce dans ses locaux professionnels, où j’ai installé un bureau au milieu et deux fauteuils en face. Au guichet, on m’a renvoyée chez moi le jour de ma demande de numéro Adeli, parce qu’il manquait la copie de mon master 1 à côté de mon master 2. Je n’avais ni fiche patient ni trame de première séance, je tenais ma comptabilité dans un tableau Excel, et je passais deux, trois, quatre heures à préparer chaque heure de séance.

L’épisode audio vous emmène dans ces premiers mois, du mail jusqu’au bureau que je regrette aujourd’hui, avec les nuances et les émotions que l’écrit ne peut pas restituer.

Ouvrir son cabinet sans être prête : ce que cachait ce « pas prête »

Avec le recul, je sais ce que recouvrait ce « pas prête ». En théorie, j’avais tout : j’étais même sortie major de ma promo. Il me manquait la pratique : la bouteille qui ne vient qu’en recevant des patients, une boîte à outils où l’on sait quoi sortir, pour qui et pourquoi, et la souplesse en séance, parce qu’avec une vraie personne en face, rien ne se passe comme dans les livres.

Se sentir perdue au début fait partie du métier

Thomas Skovholt et Michelle Trotter-Mathison, deux psychologues de l’université du Minnesota, consacrent un chapitre de The Resilient Practitioner aux stress propres au praticien débutant. Ils y écrivent que se sentir perdu et confus dans le brouillard des débuts fait partie d’un « rite de passage douloureux pour tous les nouveaux praticiens ». Cette confusion dit simplement que vous débutez, et c’est vrai même major de promo, même avec un syndrome de l’imposteur en prime : j’en sais quelque chose.

Le piège : être prête, c’est s’occuper de tout le reste

Le problème vient de ce qu’on fait de ce sentiment. Clarissa Ong et Michael Twohig, psychologues, thérapeutes et chercheurs en ACT, décrivent dans The Anxious Perfectionist une règle que la tête ajoute dès qu’on veut aller vers ce qui compte : d’abord, il faut être prête. Et être prête, écrivent-ils, consiste surtout à « s’occuper de tout le reste », c’est-à-dire de tout ce qui n’est pas ce qui compte vraiment pour soi.

Alors on s’en occupe : une formation de plus, des fiches, un site, le bon local, et chaque tâche raisonnable repousse le projet d’un mois de plus.

La question à poser à la place de « suis-je prête ? »

Ce qui a fait bouger les choses pour moi, c’est d’arrêter de me demander si j’étais prête. À cette question, ma tête répondait toujours non, parce qu’il manquait toujours quelque chose, un peu comme le master 1 au guichet. Je me suis demandé à la place si ce travail avait du sens pour moi, et la réponse est venue tout de suite : faire enfin le métier pour lequel je m’étais formée, et aider des gens avec ce que j’avais appris.

Les deux questions ne portent pas sur le même objet. « Est-ce que je suis prête ? » parle de vous, de votre niveau et de votre peur, et votre tête trouvera toujours une raison d’y répondre non. « Est-ce que ça a du sens pour moi ? » parle de votre projet, et vous pouvez y répondre dès aujourd’hui.

Les deux sens du mot confiance, selon Russ Harris

Russ Harris, médecin de formation devenu formateur en ACT, a écrit The Confidence Gap sur ce piège précis : attendre de se sentir sûre de soi pour se lancer. Il y distingue deux sens du mot confiance, un sentiment (je me sens sûre de moi, certaine que ça va bien se passer) et un acte (je me fie à moi pour y aller, quoi que je ressente). Le sentiment ne se commande pas, alors que l’acte se décide, ici et maintenant.

Dans mon article sur le syndrome de l’imposteur chez les psychologues, je montrais qu’on n’a pas besoin du sentiment de confiance pour commencer. Ouvrir son cabinet m’a appris qu’on n’a pas besoin non plus que tout soit prêt.

La valise et la trousse de secours : ce qui doit être prêt avant d’ouvrir son cabinet

Commencer sans être prête ne veut pas dire partir les mains vides. Skovholt et Trotter-Mathison prennent une image que j’aime beaucoup, celle de la valise. Avant un voyage, on fait ses bagages en espérant emporter tout ce qu’il faut, et forcément, il manque des choses. Le voyageur s’en inquiète, puis il se débrouille en route. Dans ma valise de 2010, il manquait les mentions obligatoires sur mes factures, la copie du master 1 et une trame de première séance, et je me suis débrouillée en route, comme le voyageur.

La trousse de secours, elle, ne s’oublie pas

Il y a pourtant une chose qu’on n’oublie pas dans une valise : la trousse de secours. Dans nos métiers, la trousse de secours, c’est ce qui protège la personne en face de vous. Elle tient en trois éléments : savoir ce que vous savez faire et ce que vous ne savez pas faire, savoir vers qui orienter quand une demande dépasse vos compétences, et avoir quelqu’un à qui parler quand une situation vous inquiète. Ces trois éléments se préparent avant le premier rendez-vous.

Orienter fait partie du soin : j’ai raconté dans mon article sur l’orientation d’un patient vers un collègue le jour où j’ai reconnu que je n’étais pas la bonne personne pour une patiente.

Et si commencer sans être prête était imprudent pour le patient ?

Vous vous dites peut-être que se lancer sans être prête est imprudent, quand on accompagne des personnes en souffrance. Steven Hayes, Kirk Strosahl et Kelly Wilson, les trois auteurs du manuel clinique de l’ACT, le disent eux-mêmes : il n’y a aucune vertu particulière à tenter le sort. C’est précisément pour ça que la trousse de secours ne se négocie pas.

Avec le recul, je vois une frontière assez nette dans mon histoire. Ce qui protégeait cette femme ne pouvait pas attendre : ma formation supervisée en TCC, les deux amis psychologues avec qui je faisais de l’intervision, et le choix que je lui avais laissé d’aller voir un collègue si c’était urgent. Ce qui me protégeait, moi, de l’inconfort de commencer pouvait se construire en route : les trames, les fiches, le logiciel de comptabilité.

C’est d’ailleurs pour rendre ce qu’on m’a offert à l’époque qu’aujourd’hui, j’accompagne à mon tour des consœurs et des confrères psychologues en supervision.

Y aller avec la peur : l’ouverture et l’action engagée

Une fois que le projet a du sens et que la trousse est prête, il reste à faire le premier pas, et c’est souvent à ce moment que la peur revient. En ACT, plutôt que d’attendre qu’elle parte, on vous propose de l’emmener avec vous : c’est l’ouverture, le fait d’accepter d’avoir peur et d’y aller quand même, parce que ça compte pour vous.

Ma peur de ne pas savoir aider cette femme était là à chaque séance et pendant toutes ces heures de préparation, et elle ne m’a pas empêchée de travailler. J’ai détaillé ailleurs comment avancer malgré la peur et l’anxiété avec l’ACT.

Ce premier pas porte aussi un nom en ACT : l’action engagée. Dans leur manuel, Hayes, Strosahl et Wilson la définissent comme une action guidée par les valeurs, faite à un moment précis et reliée délibérément à un ensemble d’actions plus large, au service de ce qui compte. Ils précisent que l’engagement ne porte pas vraiment sur l’avenir, puisqu’il se joue dans le pas qu’on fait maintenant. Le jour où j’ai répondu à ce mail, je ne prévoyais plus d’ouvrir un cabinet. Je l’ouvrais.

La partie la plus délicate de la trousse de secours se joue souvent dès le premier rendez-vous : dire à la personne ce que vous pouvez lui apporter, et ce qui sort de votre cadre. Pour un premier pas, mon guide « 3 réflexes pour poser votre cadre professionnel, dès la première séance » vous donne les phrases pour le dire, et pour dire non sans culpabiliser. Et pour arriver à votre première séance avec tout sous la main, j’ai construit le kit que j’aurais aimé avoir en 2010.

Couverture du Kit 1ère séance ACT

Arriver à votre première séance sans improviser

Le Kit 1ère séance ACT vous accompagne la veille et le jour du rendez-vous : un mémo d’une page à poser sur votre bureau, avec les étapes de la séance, les scripts essentiels et les numéros d’urgence, et une fiche patient à remettre en fin de séance, qui résume le cadre de travail, l’objectif convenu et l’exercice de la semaine. Le guide qui l’accompagne vous donne les scripts pour accueillir, poser le cadre et répondre à ce qui déborde, de sorte que vous restiez présente à la personne en face plutôt que dans votre tête.

Je découvre le Kit →

L’exercice : trier vos « quand j’aurai » en dix minutes

L’exercice tient en trois étapes, à faire un soir de cette semaine avec une feuille et un stylo. Il vaut pour l’ouverture d’un cabinet comme pour n’importe quel projet que vous repoussez, et à la fin, vous saurez ce qui doit vraiment être prêt avant de vous lancer.

  1. Notez tous vos « quand j’aurai » : quand j’aurai fini cette formation, quand j’aurai trouvé le bon local, quand j’aurai mes fiches, mon site. Écrivez-les comme ils viennent, sans les discuter.
  2. Triez-les avec deux questions. La première : ça protège qui ? Si la réponse est « surtout moi, de l’inconfort de commencer », l’élément se construira en route. Si c’est la personne en face de vous, il va dans la trousse de secours, et vous passez à la seconde question : est-ce à ma portée maintenant ? Si oui, vous le faites avant de vous lancer. Si non, Russ Harris propose deux options, parce qu’un objectif qui dépasse vos ressources finit par échouer : mettre le projet en pause le temps d’aller chercher ce qui manque, ou le réduire pour qu’il tienne dans vos moyens actuels.
  3. Choisissez un premier pas si facile que vous vous sentez presque vexée, et donnez-lui un jour et une heure dans votre agenda. Clarissa Ong et Michael Twohig conseillent de commencer par des objectifs si faciles qu’on a au moins 95 % de chances de les réussir : envoyer le mail que vous repoussez, écrire en une page la trame de votre première séance sans chercher à la rendre parfaite, ou appeler une collègue déjà installée pour lui demander comment elle a démarré.

Le jour et l’heure comptent, parce qu’« un jour » n’est dans aucun agenda. Je le constate chez mes patients comme pour moi : un rendez-vous avec soi-même noté noir sur blanc se tient beaucoup plus souvent.

Voici comment le tri fonctionne sur deux projets différents : ouvrir votre cabinet, ou lancer un atelier de groupe quand vous êtes déjà installée.

Votre « quand j’aurai »Ça protège qui ?À votre portée maintenant ?Ce que vous en faites
Cabinet : « quand j’aurai mes fiches de psychoéducation »Surtout vousPas la peine : ça rassure surtout vous, pas la personne en faceVous les construisez en route
Cabinet : « quand je saurai vers qui orienter si une situation me dépasse »La personne en face de vousOui : trois confrères et quelques numéros utiles, en une semaineVous le faites avant d’ouvrir
Cabinet : « quand je serai formée au psychotrauma »La personne en face de vousNon, une formation longue ne tient pas dans la semaineVous réduisez : vous ouvrez, et vous orientez ces demandes pour l’instant
Atelier : « quand j’aurai un beau support et un logo »Surtout vousPas la peine : ça rassure surtout vous, pas la personne en faceVous les construisez en route
Atelier : « quand j’aurai prévu quoi faire si une participante va très mal pendant la séance »Les participantsOuiVous le prévoyez avant
Atelier : « quand j’aurai appris à animer un groupe »Les participantsNon, ça prend du tempsVous réduisez : vous co-animez le premier atelier avec une collègue expérimentée

La peur sera sans doute encore là quand vous ferez ce premier pas, et vous savez maintenant qu’elle peut venir avec vous.

Ce que je retiens, plus de quinze ans après ce premier mail

Trois idées à garder en tête la prochaine fois qu’un « quand je serai prête » vous retiendra :

  1. Vous n’avez pas besoin d’être prête pour ouvrir votre cabinet ou lancer un projet : demandez-vous plutôt s’il a du sens pour vous, une question à laquelle vous pouvez répondre aujourd’hui.
  2. Ce qui protège la personne en face de vous, votre trousse de secours, se prépare avant. Le reste se construit en marchant.
  3. Choisissez un tout petit pas, inscrivez-le dans votre agenda et faites-le, même avec la peur.

Ce que je dirais à la Fanny de 26 ans

Si je pouvais m’asseoir en face de la jeune psy qui hésitait devant ce mail, je lui dirais de se lancer, même si la confiance n’est pas là, et que ce cabinet deviendrait un jour sa porte de sortie. Des années plus tard, quand j’ai compris que je devais quitter l’université pour ma santé, il était là, avec une liste d’attente, et savoir que je pourrais en vivre à temps plein a rendu la transition rassurante.

Je lui dirais aussi qu’elle n’a pas besoin de tout savoir avant de commencer : le jour où elle découvrira un nouvel outil, elle pourra dire à son patient que c’est la première fois qu’elle le propose, et lui demander s’il est partant pour l’essayer avec elle. Fait vaut mieux que parfait, et on a toujours le temps de corriger après coup si on a mal dit ou mal fait quelque chose.

Quant au bureau planté au milieu de la pièce, ce n’était pas une bonne idée, et c’est OK : on a le droit de se tromper au début. Aujourd’hui, mon cabinet ressemble plutôt à un salon.

Et je lui dirais la vérité sur le sentiment de confiance : il n’arrive pas un beau matin, une fois pour toutes. J’ai encore le syndrome de l’imposteur après plus de quinze ans de cabinet, et je l’accepte, parce que je sais ce qu’il y a derrière mes doutes : mon envie de bien faire. Si vous doutez avant de vous lancer, il y a de bonnes chances que vos doutes disent la même chose de vous.

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Vos questions sur l’ouverture d’un cabinet quand on ne se sent pas prête

Faut-il être prête pour ouvrir son cabinet de psychologue ?

Pas au sens où on l’entend souvent. Le sentiment d’être prête, sûre de soi et certaine que tout va bien se passer, arrive rarement avant de commencer : il se construit en exerçant. Russ Harris (The Confidence Gap, 2011) distingue la confiance comme sentiment de la confiance comme acte, le fait de se fier à soi pour y aller quoi que l’on ressente. La question utile devient donc : ce projet a-t-il du sens pour moi, et ce qui protège mes futurs patients ou clients est-il en place ?

Que faut-il préparer avant d’ouvrir son cabinet en libéral ?

Ce qui protège la personne accompagnée, ce que j’appelle la trousse de secours : connaître ce que vous savez faire et ce que vous ne savez pas faire, avoir une liste de confrères vers qui orienter, et avoir quelqu’un à qui parler, en supervision ou en intervision, quand une situation vous inquiète. Les trames de séance, les fiches de psychoéducation ou le logiciel de comptabilité peuvent se construire au fil des premiers mois.

Est-ce imprudent pour les patients de commencer sans beaucoup d’expérience ?

Ça peut l’être si rien ne protège la personne accompagnée. Hayes, Strosahl et Wilson, les auteurs du manuel clinique de l’ACT (2012), le rappellent : il n’y a aucune vertu particulière à tenter le sort. La prudence consiste à mettre en place d’abord ce qui protège le patient ou le client (connaître vos limites, savoir orienter, être soutenue par une supervision ou une intervision) et à orienter les demandes qui dépassent encore vos compétences.

Est-ce normal de se sentir perdue quand on débute comme psy ?

Oui. Thomas Skovholt et Michelle Trotter-Mathison (The Resilient Practitioner, 2016) écrivent que se sentir perdu et confus au début fait partie d’un « rite de passage douloureux pour tous les nouveaux praticiens ». Dans le même livre, un chapitre cosigné par Thomas Skovholt et Michael H. Rønnestad résume une étude qualitative menée auprès de 100 conseillers et thérapeutes américains : l’anxiété diffuse y est forte chez les débutants et nettement plus basse chez les praticiens aguerris. Les auteurs le disent : avec l’expérience, cette anxiété diminue nettement chez la plupart.

Qu’est-ce que l’action engagée en thérapie ACT ?

C’est l’un des six processus de la thérapie ACT (Acceptance and Commitment Therapy). Hayes, Strosahl et Wilson (2012) la définissent comme une action guidée par les valeurs, faite à un moment précis et reliée à un ensemble d’actions plus large au service de ce qui compte. Elle se fait avec la peur, en lien avec l’ouverture, qui consiste à accepter d’avoir peur et à y aller quand même. Répondre au premier mail d’un patient, quand on rêve d’ouvrir son cabinet, en est un exemple.

Comment arrêter de repousser un projet professionnel qui compte ?

Commencez par écrire tous vos « quand j’aurai », puis triez-les avec deux questions : ça protège qui, et est-ce à ma portée maintenant ? Ce qui ne protège que vous de l’inconfort de commencer peut se construire en route. Choisissez ensuite un premier pas très facile : Clarissa Ong et Michael Twohig (The Anxious Perfectionist, 2022) recommandent des objectifs qu’on a au moins 95 % de chances de réussir. Donnez-lui un jour et une heure dans votre agenda, parce qu’« un jour » n’y figure jamais.

Ressources et références

Les livres cités dans l’épisode

  • HARRIS Russ. The Confidence Gap : From Fear to Freedom. Robinson (Constable & Robinson), 2011. Première publication : Penguin Group (Australia), 2010.
  • HAYES Steven C., STROSAHL Kirk D. & WILSON Kelly G. Acceptance and Commitment Therapy : The Process and Practice of Mindful Change (2e édition). The Guilford Press, 2012.
  • ONG Clarissa W. & TWOHIG Michael P. The Anxious Perfectionist : How to Manage Perfectionism-Driven Anxiety Using Acceptance & Commitment Therapy. New Harbinger Publications, 2022.
  • SKOVHOLT Thomas M. & TROTTER-MATHISON Michelle. The Resilient Practitioner : Burnout and Compassion Fatigue Prevention and Self-Care Strategies for the Helping Professions (3e édition). Routledge, 2016.

Pour aller plus loin sur ce site

Le guide « 3 réflexes pour poser votre cadre professionnel, dès la première séance » : je le télécharge.

Pour arriver à votre première séance sans improviser : le Kit 1ère séance ACT.

Pour les psychologues, la supervision individuelle en ACT et TCC : la page supervision.

Tous les épisodes du podcast Les APÉROS Psycho : la page du podcast.

L’espace dédié aux professionnels de l’accompagnement : ressources et formations pour les pros.

Quiz, guides et exercices à télécharger : la page des ressources.

Les articles liés du blog

Sources externes

Association for Contextual Behavioral Science (ACBS) : www.contextualscience.org.

Le site de Russ Harris : www.actmindfully.com.au.

Fanny Reder

Psychologue clinicienne en libéral depuis 2011, ancienne maître de conférences (10 ans), spécialisée en ACT (Acceptance and Commitment Therapy) et en prévention des risques psychosociaux. Elle anime Les APÉROS Psycho, le podcast et l’espace de formation dédiés aux professionnels de l’accompagnement francophones. Son objectif : allier rigueur scientifique, pragmatisme et authenticité pour aider les soignants, psys, thérapeutes et coachs à ne pas s’épuiser à force de soutenir les autres.

Toutes ses ressources et formations pour les professionnels de l’accompagnement : fannyreder.fr/pour-les-pros

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